Solène, Marie, Aloïs, Ysée & Théophane


Peux-tu te présenter ?

Je m'appelle Solène, j'ai 25 ans, je suis programmatrice culturelle (bientôt en reconversion). Je suis en couple avec ma compagne depuis bientôt 4 ans. J'adore la musique, le cinéma et tout type d'art. J'aime la justice et donc déteste l'injustice. Je suis plutôt idéaliste et rêve d'un monde dans lequel chacun.e puisse trouver sa place de manière équilibrée, dans la coopération et dans le respect. J'adore les licornes. 


Peux-tu présenter la configuration de ton foyer, ton parcours pour fonder cette famille…)​ ?​

Je n'ai pas d'enfant mais je suis belle-mère de trois enfants, ceux de ma compagne. Nous sommes rencontrées autour d'une belle histoire d'amour malgré pas mal d'obstacles. Pas d'étape d'accès à la parentalité, par contre des petites batailles du quotidien pour faire accepter notre couple (deux femmes, 15 années d'écart, pas les mêmes statuts...) et notre composition familiale... Un vrai travail du quotidien pour plus de sérénité, de légitimité et donc de fluidité. 


Quel a été selon toi le plus gros obstacle que tu aies rencontré et franchi pour ​en ​arriver là ?

C'est compliqué à définir car nous avons un peu tout fait en même temps, les enfants étaient déjà là de surcroît. J'ai tout de suite vécu avec les enfants, en famille. Il y a eu beaucoup de rumeurs, de médisances dans un certain milieu lyonnais assez traditionnel surtout axées sur notre couple et la "bizarrerie" que cela pouvait représenter pour ces personnes. Notre histoire a été étalée sur la place publique, comme un scoop. Le plus dur reste quand même les jugements négatifs des autres, et la difficulté à accepter ce couple, et donc cette famille recomposée comme une "vraie" famille. Je crois que ce qui a été dur finalement c'est d'avoir si peu d'appuis, de devoir se débrouiller seules, aller vers notre bonheur, contre vents et marrées. Ça demande une grande force mais malheureusement, ça fragilise aussi.


As​-​tu rencontré des difficultés au quotidien, en rencontre​s-tu​ encore? Si oui peux​-​tu nous donner des exemples?

Oui, pas mal de jugements à peine cachés. Avoir des difficultés à aller chercher mon beau-fils à l'école et devoir marchander avec la maîtresse pour qu'il puisse rentrer avec moi à la maison, à plusieurs reprises. Recevoir beaucoup de regards de travers de parents ou encore être appelée "la jeune fille" par une ancienne voisine de notre immeuble. 


Quel conseil donnerais-tu pour rassurer des futurs parents qui auraient des réticences à se lancer dans l'aventure d'une famille avec une parentalité LGBTQIA+ ?

Qu'il faut y aller. Absolument. Plonger dans cette aventure, aller vers ce qui nous anime, nous fait vibrer, peu importent les obstacles. Il y aura toujours du monde pour vous aider, vous tendre la main. Et ce projet en est la preuve. J'ai confiance pour l'avenir, des lignes vont bouger, et nous en sommes les protagonistes.


Pourquoi t’engages​-tu​ dans le collectif Famille.s ? Qu’est​-​ce qui t’anime ?

La justice sociale, l'envie que chacun.e puisse vivre comme bon lui semble, dans le respect des autres. Simplement ça, simplement soi. Vivre sa vie dans l'envie, l'élan et l'alignement avec ce que l'on est.


Quel message as-tu envie de transmettre à la société ? Que dirais-tu à ceux qui veulent s’engager pour soutenir nos familles ?

J'ai envie de dire que nos réalités familiales existent, vivent, sont là. La diversité est la définition même de notre humanité. A nous d'apprendre à en saisir toutes les nuances pour s'enrichir mutuellement.


J'aimerais qu'il y ait des kits pédagogiques pour les enseignant.e.s, accompagnant.e.s afin de leur donner des clés de compréhension et d'accompagnement. J'aimerais aussi que les dessins animés soient plus inclusifs, les livres pour enfants également. Que l'on ait des références sûres pour les bb sitters par exemple, les bons lieux et les bons événements pour se rencontrer. Que ces enfants ne soient plus victimes de la simple ignorance, pas en 2020. Transmettre, échanger, et visibiliser nos familles pour plus de liberté individuelle.


De quoi rêves-tu pour demain ?

Que les gens accueillent avec ouverture notre famille, sans se poser de questions sur nos rôles, avec bienveillance.