Nolwenn, alliée


Peux-tu te présenter ?

Moi c'est Nolwenn, j'ai 25 ans. Je finis cette année un diplôme d'ingénieure en conception mécanique et un master spécialisé en ingénierie d'affaires. Je réfléchis actuellement à réorienter mon parcours professionnel pour me rapprocher de quelque chose qui me donnerait enfin envie de me lever chaque matin : Avoir une utilité sociale.

Je ne suis encore ni épouse, ni mère, ni même partenaire de qui que ce soit, mais la question de la parentalité se pose en moi depuis bien longtemps, et j'espère qu'elle se posera plus concrètement un jour : Je veux avoir des enfants, quelle que soit l'identité et la sexualité de l'autre parent !


A-t-il été difficile pour toi, à un moment donné, d’envisager que les personnes LQBTQIA+ puissent fonder une famille et/ou élever des enfants ?

Oui, clairement. Pas par intolérance ou conviction mais par peur que cela me concerne...

Cela fait maintenant 12 ans que la question de mon orientation sexuelle fait des va-et-vient dans ma tête. Lesbienne, pan, bi, je n'en sais toujours rien et ça m'est bien égal. Pas hétéro, c'est tout ce que je sais. Cela ne fait pourtant que 4 ans que je m'accepte enfin comme non-hétéro...

Pourquoi? Tout simplement parce qu'avant le désir d'aimer et d'être aimée, le rêve de fonder une famille a toujours occupé une part importante de ma construction. Je suis jeune, mais malgré tout, dans les années 2008/2010, la question de l'homoparentalité était encore une alien dans notre société. Je savais donc que si je voulais des enfants, il faudrait que je me trouve un mari. La question de ma sexualité a été rangée au placard pendant 8 ans, celle de l'homoparentalité avec.

Si oui, quel(s) événements t’ont poussé.e à te remettre en question et t’ont permis de faire évoluer ton point de vue ?

Ce n'était pas tellement une remise en question mais surtout une acceptation du fait que la famille "traditionnelle" telle que je l'avais toujours vue autour de moi n'était pas le seul modèle. Je n'ai commencé à accepter l'idée de l'homoparentalité qu'il y a 4 ans, lorsque l'une de mes meilleures amies ma rassurée sur le fait que c'était bel et bien possible ! Il a aussi fallu que je dépasse ma peur d'être moi même concernée par cette différence. C'est toujours difficile de s'exposer, de se rendre vulnérable, parce qu'on ne rentre pas dans les cases les plus classiques. Mais aujourd'hui, heureusement, la case non-hétéro ET parent commence à prendre une place dans les esprits.

Ma marraine, qui a fondé ce collectif, et sa famille m'inspirent et me confortent également dans le fait que les enfants grandissent heureux et épanouis à partir du moment où ils ont de l'amour, quel que soit le genre de leurs parents. Le moment où elle a parlé de sa rencontre avec sa compagne actuelle à ma famille a coïncidé avec la période où j'ai commencé à m'accepter, ce qui a grandement joué aussi dans ma nouvelle vision du modèle familial.

De quoi la société aurait-elle besoin pour faciliter l’inclusion de ces familles?

J'aimerais que les couples non-hétéro soient plus représentés dans tous les supports qui existent : Films, dessins animés, livres pour les grands et pour les enfants, médias, pub, etc. Que l'hétérosexualité ne soit plus la normalité mais tout simplement un pan des relations qui existent entre êtres humains.

Donc tout simplement, j’aimerais intégrer à tout ce qui fait se construire une personne une proportion représentative de la réalité des couples non-hétéro.

Il y a xx% de couples gays, lesbiens, queer, etc. dans le monde? Mettez donc xx% de couples gays, lesbiens, queer, etc. dans vos livres, films, pubs, dessins animés, BD..

Comme tu peux le constater, le rôle des allié.e.s pour nos familles (nous parents et aussi nos enfants) est très important. En avais-tu conscience ? Que cela t'évoque-t-il ?

Je pense en effet que les allié·e·s ont un rôle bien plus grand qu'iels ne peuvent l'imaginer. Leur rôle déjà dans la lutte pour l'acceptation de la non-hétérosexualité est énorme, mais je pense que ce soutien dans la lutte pour la légitimité des parents est encore plus nécessaire.

C'est en montrant qu'on pense qu'il est normal de pouvoir fonder une famille lorsque l'on est pas un couple hétéro et cisgenre que l'on décrédibilise les argumentaires délirants et totalement obsolètes de celleux que ça effraie.

Pourquoi témoignes-tu pour le collectif Famille.s ? Qu’est - ce qui t’anime ?

C'est pour que les parents, les personnes de mon âge qui se posent la question de fonder une famille, et les plus jeunes, qui s'interdisent d'explorer une sexualité non-hétéro par peur de ne pas pouvoir réaliser leur rêve de parentalité, puissent enfin s'autoriser à aimer qui iels veulent, que je veux m'engager dans ce collectif.

Quel message as-tu envie de transmettre à la société ? Que dirais-tu à celles et ceux qui pourrait être amené.e.s à cheminer aux côtés de nos familles ?

Je dirais déjà de rassurer et d’expliquer que ce qui importe c'est le bonheur de la famille et non sa "normalité".

Défendre le concept autour de vous : Lors d'une discussion entre ami·e·s, si la question vient sur la table, en parler, argumenter, expliquer, dédiaboliser, c'est déjà planter une graine dans les esprits et démarrer un processus de déconstruction.

Personnellement, je pense aussi que c'est énorme de montrer qu'il n'y a pas de question à se poser ! Pas la peine de faire les curieux, parfois ne même pas voir la différence relevée par mes interlocuteurs est tellement doux lorsque je parle d'une fille avec qui j'ai eu une histoire ! J'imagine que le même soulagement doit être ressenti dans le cas des familles LGBTQIA+...

J'ai la chance de vivre dans un environnement bienveillant, j'ai donc la sensation que la majorité des personnes autour de moi sont des allié·e·s, même s'iels ne s'en rendent pas compte. Je pense que c'est en étant juste bienveillant au naturel qu'on peut vraiment aider et éviter les maladresses.

De quoi rêves-tu pour demain ?

Je rêve de pouvoir me projeter dans une famille avec un·e compagne ou compagnon queer exactement comme je l'ai toujours fait avec mes compagnons hommes cis, sans peur, sans obstacle.De quoi rêves-tu pour demain ?

Pouvoir me projeter dans une famille avec une compagne femme exactement comme je l'ai toujours fait avec mes compagnons hommes, sans peur, sans obstacle.



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Bonne lecture !