Doriane, Pauline et ses 3 enfants


Peux-tu te présenter ?

Bonjour à tous ! Je m'appelle Doriane, j'ai 31 ans. Je suis aide-soignante, maman de 3 enfants, en couple et mariée (depuis peu !) avec ma merveilleuse femme, Pauline. Mes 3 enfants sont issus de mon passé hétéro, et vivent avec nous 90% du temps (garde "traditionnelle", 1 week-end/2 et moitié des vacances). Nous avons pour projet de souder notre famille avec un enfant "à nous", ce qui nous emmènera vers les joies de la PMA.


Peux-tu présenter la configuration de ton foyer, ton parcours pour fonder cette famille…​ ?​

Dans notre foyer il y a donc nous, Pauline, moi, et mes 3 garçons. Mon premier a 14ans (2006), je l'ai eu tôt, à 17ans. Plus tard, j'ai rencontré le papa de mes deux derniers, qui ont 8ans et 6ans & demi (2012 et 2014). Aujourd'hui, nous vivons ensemble, tous les 5, avec nos 2 chiens, notre chatte, et notre furette ! J'étais en couple avec le père de mes deux petits lorsque j'ai connu Pauline. Nous avons travaillé au même endroit pendant plusieurs mois avant de vraiment se parler. Un jour elle a changé de secteur et est devenue ma collègue, puis ma confidente et mon amie. J'ai mis longtemps à accepter que j'avais des sentiments pour elle. Après un long combat contre moi même, et dans mon couple de l'époque (qu'on colmatait mutuellement depuis des années) , j'ai décidé qu'il était temps que j'arrête de me voiler la face, et de vivre cette vie qui m'appelait, et me faisait clairement envie. J'ai quitté mon ex-conjoint, et avoué mes sentiments à Pauline quelques semaines plus tard.


Quel a été selon toi le plus gros obstacle que tu aies rencontré et franchi pour ​en ​arriver là ?

La peur ! J'avais tellement peur de décevoir mes enfants, mon entourage. Que mes enfants développe des carences affectives, ou soit la cible de moquerie par ma faute. J'ai attendu quelques mois avant de vraiment leurs expliquer notre relation. Je me dois de faire une petite parenthèse qui a son importance. Ma maman est bisexuelle. Lorsque j'étais au collège, elle était avec une femme, et j'ai subi, à cette époque (dans les années 2000, aïe ça pique !), beaucoup de petites remarques blessantes de la part de mes camarades, étant très sensible, ça m'a longtemps touchée, avant de réussir à passer outre. J'avais très peur d'infliger la même chose à mes enfants. Au final, a ma connaissance, il ne s'est jamais rien passé de tel. Mon grand ne le crie pas sur les toits, car sensible également, mais ne s'en cache plus trop. Il adore Pauline, et lui répète assez souvent pour qu'on en soit sures. Et ses meilleurs amis savent. Les petits n'ont jamais rencontré de soucis particuliers. Ca leur arrive d'appeler Pauline "leur deuxième maman" quand on rigole ensemble. Les trois étaient heureux qu'on se marie, et planifiait déjà ce qu'ils pourraient faire pour nous aider le jour J. Lors de notre première danse, ils nous ont tous les trois rejoints et ont dansé la fin du slow avec nous, c'était très émouvant. Ah et aussi, j'avais peur qu'elle finisse par fuir. Se mettre en couple avec une femme qui a 3 enfants, c'est quand même sacrément courageux ! Merci à elle d'être restée ! lol


​As​-​tu rencontré des difficultés au quotidien, en rencontre​s-tu​ encore? Si oui peux​-​tu nous donner des exemples?

Ce qui personnellement m'embête le plus, c'est, parfois, cette sensation de ne pas être légitime. Lorsque j'ai annoncé à certaines personnes, plus ou moins proches, que je me mettais en couple avec une fille, j'ai eu droit au fameux "oh, c'est une phase, ça te passera". C'est difficile de parler ou de côtoyer des gens qui, avec ce genre de phrase, nous font comprendre qu'ils n'ont pas confiance en notre relation. Evidemment je m'éloigne de ces jugements, mais, il m'est déjà arrivé d'avoir peur d'en parler, de dire "ma copine" "ma conjointe" au téléphone, ou autre pour toutes démarches formelles, de peur que mon interlocuteur.rice ait une réaction inappropriée, ou ce fameux blanc de quelques secondes le temps qu'ielle comprenne, qui mets bien mal a l'aise. (Aujourd'hui j'en ris). C'est surement bête, mais depuis notre mariage, cette peur s'estompe. Un peu comme si cette alliance (au doigt, et dans la vie) redonnait de la légitimité à notre couple, et me donnait la force de me battre contre ça. Parce qu'on forme un binôme "pour de vrai" maintenant. Je pourrais aussi parler de la difficultés des parcours de PMA possibles pour les couple de femmes... Quelle galère, surtout cette années. De prime abord, c'est pas évident de savoir par où commencer, que choisir, vers qui se tourner. Quelle méthode, quel pays ... Et les couts exorbitants ... Je trouve ça triste et injuste ! Alors merci, à toutes celles qui partagent et nous aident même sans le savoir !


Quel conseil donnerais-tu pour rassurer des futurs parents qui auraient des réticences à se lancer dans l'aventure d'une famille avec une parentalité LGBTQIA+ ?

J'aurais envie de leur dire que c'est normal d'avoir peur, de se poser milles questions, d'être perdu.e.s. Tous les parents le sont ! Vous n'y échapperez pas. On a la chance aujourd'hui, de pouvoir être informés, d'avoir des portes où frapper lorsqu'on ne sait plus quoi faire, vers qui se tourner. Concernant les enfants, je reste intimement persuadée que le plus important pour qu'ils soient "équilibrés" c'est l'amour ! Y a pas de recette miracle, plus on est aimé, mieux on grandit. Je n'ai jamais demandé à ma mère pourquoi elle était avec une femme, à l'époque, parce que c'était comme ça, c'est l'extérieur qui m'a fait me questionner. Pour mes enfants c'est pareil ! Il faut dialoguer, expliquer, donner de quoi se "défendre" contre les mauvaises langues. Mais vos enfants iront bien, et vous formerez une formidable famille ! On existe de plus en plus, on est légitime.


Pourquoi t’engages​-tu​ dans le collectif Famille.s ? Qu’est​-​ce qui t’anime ?

J'ai décidé de témoigner parce que je me suis rendue compte que j'aurais vraiment aimé tomber sur ce genre de témoignages il y a quelques années, quand j'avais peur, quand j'étais perdue et que j'avais besoin de savoir où j'allais. C'est important et ça donne confiance de savoir que, souvent, ça se passe bien ! Evidemment, vivre avec 3 enfants n'est pas toujours de tout repos. Tout n'est pas toujours tout rose, mais c'est le cas dans toutes les familles.


Qui sont tes plus grand.e.s allié.e.s dans ton quotidien ou celui de ta famille ?

Mes plus grands alliés ... C'est nous 5 ! Voir comment on évolue me donne confiance. Voir comment certain.e.s de nos ami.e.s sourient en parlant de nous, c'est super chouette. Je suis également reconnaissante envers tous ces comptes Instagram qui partages leurs quotidien, leurs astuces, leurs vie. Ca montre à quel point c'est beau (et accessible) tout ça !


Quel message as-tu envie de transmettre à la société ? Que dirais-tu à ceux qui veulent s’engager pour soutenir nos familles ?

J'invite surtout la société à stopper le jugement inutile, sans savoir de quoi elle parle. A lire tous ces témoignages, à écouter le Podcast "Les enfants vont bien". Parler des choses qui se passent bien ! Malgré le négatif, il y a quand même beaucoup de positif. Les mentalités changent. Les personnes LGBT+ sont de plus en plus représentées. Ca finira par faire partie de la norme, un jour.


De quoi rêves-tu pour demain ?

Je rêve que n'importe qui puisse tenir la main de la personne qu'il.elle aime, peu importe qui se trouve au bout du bras. Je rêve de ne plus avoir peur que mes enfants subissent, à cause de mes choix. Je rêve de pouvoir lire un article sur Twitter, traitant de la communauté LGBTQUIA+ sans avoir envie de vomir en lisant les commentaires. Je rêve que les familles homoparentale ne soient plus obligées d'épargner pendant des mois, de faire des crédit et prendre l'avion pour avoir le droit d'être parents, un jour.


Retrouvez Doriane @Do.riane_

Découvrez d'autres familles dans l'onglet "Témoignages".

Bonne lecture !