Didier, allié


Peux-tu te présenter ?

J’ai 65 ans, je suis Père de cinq enfants, dont une fille mariée à une autre femme. Grand-père de 4 petits-enfants.

A-t-il été difficile pour toi, à un moment donné, d’envisager que les personnes LQBTQIA+ puissent fonder une famille et/ou élever des enfants ?

Oui, au départ, il était difficile pour moi d'envisager cela. En effet, notre société (comme dans d'autres pays) depuis longtemps et encore il y a 10 ans les considérait comme des personnes marginalisées (c'était souvent caché). Les mouvements de type Gay Pride m'irritaient (et m'irritent toujours) par leur démarche souvent très provocatrice et caricaturale, à l'opposé du fait que certains militaient pour une pleine intégration dans notre société, et parce que cela entretenait cet effet de marginalisation. Pour autant, mes convictions chrétiennes me poussaient à admettre ces personnes comme toutes les autres personnes, à savoir des êtres respectables et qu'on se doit d'aimer.

La PMA est pour moi acceptable.

Si oui, quel(s) événements t’ont poussé.e à te remettre en question et t’ont permis de faire évoluer ton point de vue ?

J'avais préalablement parmi mes cousins/cousines des situations de personnes homosexuelles en couple (mais sans enfant) que je considérais avec affection et respect, qui se comportaient "comme les autres" et démontraient par leurs actes un partage de vraies valeurs familiales. Par la suite, s'agissant de ma fille, l'affection que je porte à nos enfants fait que je veux qu'ils soient tous heureux et trouvent le bonheur dans leur vie, et il est donc totalement exclu que je rejette un enfant au motif d'une vie différente de mes propres souhaits. Je n'ai pas à choisir la personne avec laquelle ils construisent leur vie, ni à intervenir dans leurs choix (professionnels, matériels, familiaux) mais je dois les accueillir, les aimer, être à leur écoute sur ce qu'ils décident de me dire, ou leur apporter conseil.

De quoi la société aurait-elle besoin pour faciliter l’inclusion de ces familles?

Montrer non pas des défilés revendicatifs de type Gay Pride, mais des personnes qui s'aiment au sens noble du terme, comme tout autre couple ou famille, avec leurs joies et leurs peines, leurs réussites et leurs échecs.

Questionner des enfants quand ils sont grands sur leurs réactions, leur relation à leurs parents.

Eviter une forme de "communautarisme" de ces familles, qui tend sinon à maintenir la séparation entre familles de parents homosexuels et familles de parents hétérosexuels.

As - tu rencontré des difficultés au quotidien pour accompagner nos familles, en rencontre s-tu encore ? Si oui peux - tu nous donner des exemples ? De quoi aurais-tu eu besoin ?

Les difficultés ont pu parfois venir de l'interprétation et des réactions de personnes que je rencontrais et qui découvraient cette situation, mais cela s'est largement estompé. Je me suis aperçu très rapidement qu'en parler naturellement est plus simple pour moi, dans la mesure où je parle avec mon coeur de mon enfant ou de ma petite-fille, et que mes interlocuteurs du coup sont compréhensifs et ouverts. Quand on en parle comme une notion (ce qui "déshumanise" la question), on obtient en retour une réponse sur les principes.

Comme tu peux le constater, le rôle des allié.e.s pour nos familles (nous parents et aussi nos enfants) est très important. En avais-tu conscience ? Que cela t'évoque-t-il ?

Il est évident qu'on ne peut vivre marginalisé ou isolé (qu'on soit un couple ou une famille) et j'avais constaté pour certains de mes cousins/cousines les dégâts du rejet par leurs proches. Ce rejet, qui peut être vécu dans d'autres situations par d'autres enfants (délinquants, ou en rupture familiale, etc.) blesse au plus profond chaque être, ... y compris la personne qui rejette.

Pourquoi témoignes-tu pour le collectif Famille.s ? Qu’est - ce qui t’anime ?

L'affection que j'ai pour ma fille, son épouse et leur enfant.

Quel message as-tu envie de transmettre à la société ? Que dirais-tu à celles et ceux qui pourrait être amené.e.s à cheminer aux côtés de nos familles ?

Nous même attendons d'être aimés tels que nous sommes. Donc cherchons d'abord à aimer les autres tels qu'ils sont.

De quoi rêves-tu pour demain ?

Je rêve d’un monde d'Amour malgré (ou grâce à) nos différences.


Découvrez d'autres témoignages dans l'onglet "Témoignages".

Bonne lecture !


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