Amandine et sa femme


Peux-tu te présenter ?

Je m'appelle Amandine, j'ai 27 ans, je vis dans le Nord de la France. En couple depuis plus de dix ans avec une femme. Nous souhaitons à présent agrandir notre famille. Pour cela, nous nous sommes dirigées vers un centre de PMA en Belgique. Après trois essais infructueux, nous prenons une pause forcée dans les traitements du fait du reconfinement.


Peux-tu présenter la configuration de ton foyer, ton parcours pour fonder cette famille…​ ?​

Depuis des années, on en parlait sans cesse. C’était pour nous et nos proches une évidence, nous serions un jour mamans. A aucun moment, le fait que nous soyons un couple de femmes n’a tari ce désir que nous portions profondément en nous. Nous attendions seulement que les principaux feux soient au vert. Après avoir passé une année de prépa plutôt intense, j’attendais de retrouver un boulot qui serait à même de nous donner les fonds et la stabilité nécessaires nous permettant de démarrer ce projet. Fin novembre 2019, j’ai pris le poste que j’attendais. Nous étions prêtes, le Parcours pouvait commencer. Avant même de débuter ce Parcours, nous avions déjà pu entre-apercevoir ce qui nous attendait. Nous avions lu à voix haute et à tour de rôle le livre de Marie-Clémence, suivi avec attention de nombreuses histoires de mamans, papas et futurs parents sur les réseaux sociaux (« Amandiiiiiiiiiiine viens voir !!!! Elle est enceiiiiiiiiiiiiiiiiiiiinte Mais naaaan !), écouté des dizaines de Podcasts dans un silence monastique pendant nos trajets en voiture et visionné l’intégralité de la websérie Chez Papa Papou. Certains récits nous effrayaient, d’autres nous donnaient beaucoup d’espoir. Nous nous sentions prêtes à franchir une à une les étapes qui nous mèneraient au bout de cette épopée. Une chose était sûre, il y aurait un bout de chemin à parcourir avant de franchir la ligne d’arrivée.


Ne sachant pas tellement par où commencer, nous avons débuté par ce qui nous semblait le plus important mais aussi le plus difficile : Trouver des médecins français disposés à nous suivre dans cette aventure. A l’écoute et à la lecture de nombreux témoignages, cette étape nous semblait des plus délicates. Certains témoignages nous avaient en effet assez inquiété. Refus de procéder à une consultation, bible posée sur le bureau, mépris, méchanceté culpabilisation… Nous espérions nous-mêmes ne pas devoir commencer notre Parcours de cette manière. Quelques années plus tôt, l’une de nos plus fidèles amies nous avait vanté les mérites du site internet Gyn&co. Grâce à cette plateforme, nous avons trouvé une perle qui nous accompagne à chaque étape de notre parcours. Elle nous conseilla un centre de PMA en Belgique suite à des retours positifs qu’elle avait pu avoir de ce centre par d’autres de ses patientes. Il ne restait plus qu’à le contacter.


Après une bonne heure passée à parcourir le site internet du Centrum voor Reproductieve Geneeskunde de Bruxelles, nous avons compris qu’il fallait tout d’abord prendre un premier rendez-vous téléphonique qui nous permettrait d’obtenir notre premier rendez-vous au centre. Mieux vaut ne pas être atteint de phobie administrative… Le 20 janvier 2020, nous recevons un mail. Objet : « crg brussel ». Ça y est, c’est eux. Le centre nous informe qu’à la suite de notre inscription sur leur liste d’attente, ils sont heureux de pouvoir nous proposer un premier rendez-vous sur place et nous invitent à les contacter par téléphone. Au bout du fil, une secrétaire nous décrit la procédure à suivre et nous donne un rendez-vous pour le 11 mars 2020. En attendant, il nous faudra réaliser de nombreux examens médicaux dans un temps très limité.


Mercredi 11 mars 2020, j’ai posé un RTT, le premier depuis le début de mon contrat. Nous avions beaucoup de chance, le centre de reproduction ne se trouvait qu’à une heure trente de chez nous. Si nous n’avions pas besoin de prendre l’avion, le train ou une chambre d’hôtel, pas question d’arriver en retard. A l’accueil, on nous enregistre. Au bout du couloir, ascenseur, 2e étage. Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur une spacieuse salle d’attente. Au fond, un guichet d’accueil décoré de milliards de spermatozoïdes. Pas de doute, nous étions décidément au bon endroit. Calme et souriante, notre médecin nous invite à nous installer et nous demande ce qui nous amène ici. Nous lui faisons part de notre volonté de devenir parents et lui transmettons l’ensemble des tests effectués. Ma compagne étant atteinte du SOPK, elle nous indique qu’une simulation médicamenteuse sera nécessaire pour envisager une grossesse. Elle est rapide, précise. Nous sortons dix minutes plus tard. Nous étions émues et euphoriques, les choses sérieuses pouvaient commencer dès le cycle suivant. C’était sans compter un petit confinement.


Quel a été selon toi le plus gros obstacle que tu aies rencontré et franchi pour ​en ​arriver là ?

Notre rendez-vous au centre de reproduction avait eu lieu à peine trois jours avant le confinement. Celui-ci mit nécessairement un grand STOP à nos projets immédiats. Ne sachant pas comment la crise allait évoluer, nous essayions au maximum de ne pas trop aborder le sujet. Les jours puis les semaines passèrent ainsi sans que nous puissions faire quoi que ce soit pour faire avancer les choses, nous nous sentions totalement impuissantes. Après le coup d’accélération que nous avions connu quelques semaines plus tôt, nous nous étions immédiatement projetées dans la suite de l’aventure.


​As​-​tu rencontré des difficultés au quotidien, en rencontre​s-tu​ encore? Si oui peux​-​tu nous donner des exemples?

Un Parcours PMA ne laisse que peu de place à la surprise et à la spontanéité. Une fois mis en marche, il devient difficile de penser à autre chose tant celui-ci prend de la place dans nos vies au quotidien. On se dit sans cesse qu’il faudrait l’oublier un instant et profiter le plus possible de l’instant présent. Facile sur le papier. Nous y arrivons, la plupart du temps. Parfois, ce Parcours semble si lourd sur nos deux épaules et nous poursuit à chaque instant. Prise de médicaments, piqûre dans le frigidaire, rendez-vous à programmer, effets secondaires du traitement à supporter, émotions à gérer… Le protocole prend une si grande place dans notre vie qu’il est parfois très difficile sinon impossible de tout simplement l’oublier. Il faut donc accepter qu’il fasse entièrement partie de notre quotidien et essayer vivre avec. Je pense qu’il est primordial de ne pas garder pour soi ses angoisses mais au contraire d’en parler au maximum pour les extérioriser et se rassurer. C’est ce que nous essayons de faire et jusqu’à présent, cela fonctionne plutôt bien. Ce Parcours nous pousse dans nos retranchements, face à nos doutes et à l’incertitude d’une issue favorable. Certains couples ne résistant pas à cette épreuve. Il est ainsi plus que jamais nécessaire de rester soudées pour vaincre ensemble cette étape qui ne pourra que nous rendre plus fortes.



Quel conseil donnerais-tu pour rassurer des futurs parents qui auraient des réticences à se lancer dans l'aventure d'une famille avec une parentalité LGBTQIA+ ?

Si vous avez peur de la réaction des adultes, demandez aux enfants. Ils sont bien plus sages, vous seriez étonnés de voir qu'un enfant a une parfaite maîtrise de ce qu'est l'amour d'une famille


Pourquoi t’engages​-tu​ dans le collectif Famille.s ? Qu’est​-​ce qui t’anime ?

Nous sommes les premières dans notre entourage à entreprendre cette démarche. Lire et écouter le témoignage de couples ou de femmes seules partageant leur vécu nous a donné beaucoup de courage et d'espoir. C'est ce que je souhaite faire par l'illustration via le compte instagram @_dinococo_


Qui sont tes plus grand.e.s allié.e.s dans ton quotidien ou celui de ta famille ?

Nous nous sommes rapidement rendues-compte que nous aurions besoin de soutien pour affronter les différentes étapes de ce Parcours. L’organisation et l’énergie que celui-ci demanderait nous semblaient en effet trop pesantes pour le cacher complètement aux personnes qui nous entouraient au quotidien. Nous avons donc fait le choix de parler ouvertement de ce projet à quelques-uns de nos proches. Certaines questions revenaient régulièrement. Qui porterait l’enfant ? Combien celui-ci nous coûterait-il ? Serions-nous toutes les deux légalement reconnues mères ? Comment se passe une insémination ? Après avoir passé des mois et des semaines à nous renseigner sur les moindres aspects de la PMA, nous avions déjà presque oublié à quel point celle-ci était peu et mal connue. Certains étaient étonnés de nous voir contraintes de partir à l’étranger, pensant que nous pourrions très bien concevoir un enfant depuis la France. Plus encore, ils étaient unanimement scandalisés en apprenant qu’il serait nécessaire de mettre en œuvre une procédure d’adoption afin que le juge aux affaires familiales me reconnaisse un jour comme la mère de mon futur enfant. Cela nous faisait du bien d’en parler même s’il fallait parfois freiner les ardeurs de ceux qui s’imaginaient déjà papy ou tata avant l’heure !


Quel message as-tu envie de transmettre à la société ? Que dirais-tu à ceux qui veulent s’engager pour soutenir nos familles ?

Outre les contraintes techniques, logistiques et financières qu’un tel Parcours engendre, le droit applicable porte surtout préjudice aux nombreux enfants en attente d’établissement de leur filiation.


L’adoption de son enfant pouvant prendre plusieurs mois, l’absence de filiation légale entre la naissance et la transcription du nouvel état civil de l’enfant crée un énorme vide dans nos familles. Ainsi, si la mère biologique décède au cours de cette période, il sera nécessaire de réunir un conseil de famille afin de décider qui disposera de l’autorité parentale à l’égard de l’enfant devenu juridiquement orphelin. Celui-ci pourrait alors très bien donner ce rôle à la mère d’intention ou le lui refuser. Quid d’une mère d’intention ne plaisant pas à sa belle-famille ? Si la mère biologique décide de plier bagage avec l’enfant soudainement et sans prévis, libre à elle de le faire. La justice n’aidera jamais la mère d’intention à le revoir un jour, celle-ci ayant pourtant participé pleinement à sa conception, trempé de multiples tests de grossesse dans un pot d’urine, suivi assidument et passionnément la grossesse de sa femme et contribué aux premiers moments de vie de l’enfant. A l'école, la mère d’intention aura par ailleurs sur le papier besoin d'une procuration pour venir chercher son enfant. Si l’enfant tombe malade ou doit être admis en urgence à l’hôpital, il faudra attendre que la maman l’ayant mis au monde rentre du travail, et cela, même si sa deuxième maman est aussi disponible que véhiculée.


Ces situations, loin d’être fantaisistes, sont inadmissibles. Pourtant, elles ne sont pas anecdotiques. Nos familles existent, pourquoi ne pas les reconnaitre et les protéger ?



De quoi rêves-tu pour demain ?

Je rêve d’un monde dans lequel le mot « homosexuel » deviendra désuet et que l’orientation sexuelle ne sera plus considérée comme un élément déterminant de l’identité d’une personne.


Pour suivre Amandine @_dinococo_

Découvrez d'autres familles dans l'onglet "Témoignages".

Bonne lecture !